Alopécie Areata : comprendre cette chute de cheveux auto-immune et ses traitements
Une plaque sans cheveux apparaît, parfois presque du jour au lendemain, et les questions ne tardent pas à suivre. Est-ce définitif ? Est-ce lié au stress ? Les cheveux vont-ils repousser ?
Derrière cette perte de cheveux en plaques peut se cacher une alopécie areata, une maladie auto-immune qui touche aussi bien les hommes que les femmes et les enfants.
Même si cette chute peut être impressionnante, elle n’est pas forcément définitive. Le système immunitaire vient perturber le fonctionnement du follicule pileux, sans pour autant le détruire. Celui-ci reste donc présent sous la peau et peut, avec le temps, reprendre son activité.
Une repousse est ainsi possible dans de nombreux cas, naturellement ou avec l’aide d’un traitement adapté. Alors, que se passe-t-il réellement au niveau du cuir chevelu ? Pourquoi cette chute apparaît-elle et quelles solutions peut-on envisager ?
Dans la suite de cet article, nous revenons sur les différentes formes de l’alopécie areata, son diagnostic, son évolution et les traitements disponibles.
Qu’est-ce que l’alopécie areata ?
Maladie auto-immune, l’alopécie areata provoque une chute soudaine des cheveux ou des poils, le plus souvent sous forme de plaques bien délimitées. À l’origine de cette chute, le système immunitaire se trompe de cible. Des cellules appelées lymphocytes T viennent perturber le fonctionnement du follicule pileux, comme si celui-ci représentait une menace. Le cheveu interrompt alors sa croissance avant de tomber.
La peau reste généralement lisse et sans cicatrice. On parle donc de chute non cicatricielle : le follicule n’est pas détruit, mais simplement mis au repos. Il peut ainsi reprendre son activité, ce qui explique pourquoi une rémission spontanée et une nouvelle croissance des cheveux sont possibles dans de nombreux cas. L’alopécie areata est également appelée pelade. Les deux termes désignent la même maladie, même si son évolution peut varier fortement d’une personne à l’autre.
Selon l’étude française OBJECTIFS PEAU, publiée en 2018, elle touche environ 1 % de la population au cours de la vie. La HAS estime ainsi que plus de 600 000 personnes seraient concernées en France.
Les formes de la maladie : en plaques, totalis, universalis
L’alopécie areata ne se présente pas toujours de la même manière. Elle peut rester limitée à une ou plusieurs zones, mais aussi s’étendre davantage.
- L’alopécie en plaques est la forme la plus courante. Une ou plusieurs zones rondes apparaissent sur le cuir chevelu, la barbe, les sourcils ou une autre région pileuse.
- L’alopécie totalis correspond à la perte de l’ensemble, ou presque, des cheveux du cuir chevelu.
- L’alopécie universalis est plus étendue. Elle touche les cheveux, mais aussi les cils, les sourcils et les autres poils du corps.
- L’ophiasis se manifeste par une bande de chute autour du cuir chevelu, notamment au niveau de la nuque et derrière les oreilles.
Les formes sévères, comme l’alopécie totalis et l’alopécie universalis, restent heureusement minoritaires. D’après les données reprises par la HAS, elles représentent moins de 10 % des cas.
Quelles sont les causes de l’alopécie areata ?
Avec l’alopécie areata, il n’y a pas qu’un seul coupable. La maladie apparaît plutôt lorsque plusieurs éléments se croisent : une prédisposition génétique, un dérèglement du système immunitaire et, parfois, certains facteurs liés à l’environnement ou aux événements de la vie.
La génétique et les maladies associées
La génétique peut notamment jouer un rôle. Avoir un proche concerné peut augmenter le risque, mais cela ne signifie pas que la maladie se déclarera forcément. L’alopécie areata peut aussi être associée à d’autres maladies auto-immunes, comme certaines maladies de la thyroïde ou le vitiligo. Là encore, rien d’automatique.
Le rôle du stress
Et le stress dans tout ça ? Il est souvent le premier accusé, parfois un peu trop vite. Une période difficile, un choc émotionnel ou une grande fatigue peuvent favoriser une poussée chez une personne prédisposée. Mais le stress ne suffit pas, à lui seul, à provoquer la maladie.
Une maladie sans déclencheur évident
Une poussée peut donc apparaître sans raison évidente. Inutile de culpabiliser ou de repasser en boucle tous ses gestes capillaires : l’alopécie areata n’est pas liée à un mauvais shampoing, à une coiffure particulière ou à un manque de soins.
Un ensemble de facteurs
La Société Française de Dermatologie évoque plutôt un mélange de facteurs génétiques, immunitaires et environnementaux. Dans de nombreux cas, il reste d’ailleurs impossible d’identifier précisément l’élément déclencheur.
Le diagnostic : qui consulter et quels examens ?
Une plaque sans cheveux ne signifie pas forcément qu’il s’agit d’une alopécie areata. Plusieurs causes peuvent donner un aspect similaire. Le diagnostic permet donc de comprendre ce qui se passe et d’orienter rapidement vers la bonne prise en charge.
1. Commencer par son médecin traitant
Il peut observer la zone concernée, vous poser quelques questions sur l’apparition de la chute et vous orienter vers un dermatologue si nécessaire.
2. Faire examiner son cuir chevelu
Le dermatologue regarde la forme des plaques, l’état de la peau et les cheveux présents autour. Il peut notamment repérer des cheveux en point d’exclamation, plus fins au niveau de leur base, souvent visibles sur le contour des plaques.
3. Réaliser une trichoscopie
La trichoscopie est un examen simple et indolore qui permet d’observer de très près le cuir chevelu, les cheveux et les follicules grâce à un appareil grossissant.
4. Aller plus loin si nécessaire
Une prise de sang peut être demandée pour rechercher une carence ou une maladie associée. La biopsie du cuir chevelu, beaucoup plus rare, n’est envisagée que lorsque le diagnostic reste incertain.
Chez Racine Carrée, le bilan capillaire permet d’étudier précisément la chute, de distinguer les différentes formes d’alopécie et d’orienter chaque patient vers la solution la plus adaptée qu’il s’agisse d’une cure ou d’une greffe.
Les traitements de l’alopécie areata
Il n’existe pas de traitement unique qui fonctionnerait pour tout le monde. La prise en charge dépend de l’âge, de l’étendue des plaques et de l’évolution de la maladie. Dans certaines situations, le dermatologue peut simplement proposer de surveiller l’évolution, car les cheveux peuvent repousser spontanément.
Lorsque la chute est plus étendue ou persiste, des traitements locaux ou généraux peuvent être envisagés. Dans tous les cas, leur prescription et leur suivi relèvent d’un professionnel de santé.
Les corticostéroïdes topiques
Les corticostéroïdes topiques, aussi appelés dermocorticoïdes, s’appliquent directement sur les zones concernées. Ils sont surtout utilisés dans les formes localisées. Leur utilisation doit toutefois rester encadrée, car un usage inadapté ou trop prolongé peut fragiliser la peau.
Les injections intralésionnelles
Les injections intralésionnelles reposent sur le même principe, mais le produit est injecté directement dans les plaques. Elles peuvent être proposées chez l’adulte lorsque les zones touchées sont peu nombreuses. Le geste peut être un peu inconfortable et entraîner temporairement un léger amincissement de la peau.
Les autres solutions locales
D’autres solutions locales existent, même si elles sont aujourd’hui moins courantes. L’anthraline provoque une irritation légère et contrôlée, tandis que l’immunothérapie de contact cherche à modifier la réaction immunitaire du cuir chevelu. Plus contraignante, la PUVAthérapie, qui associe un produit photosensibilisant et des UVA, est désormais plus rarement utilisée.
Les inhibiteurs de JAK, une avancée récente pour les formes sévères
Leur nom peut sembler intimidant, mais leur principe est plutôt simple à comprendre. Les inhibiteurs de Janus Kinase, plus souvent appelés inhibiteurs de JAK, bloquent certains messages utilisés par le système immunitaire pour s’attaquer aux follicules. Ils agissent notamment sur la voie JAK-STAT, impliquée dans le mécanisme de la maladie.
Le baricitinib
Le baricitinib, commercialisé sous le nom Olumiant, dispose d’une autorisation de mise sur le marché dans les formes sévères de l’adulte depuis juin 2022. En octobre 2023, la HAS lui a reconnu un service médical rendu important. Il est remboursable à 65 % depuis mars 2024 comme médicament d’exception, sur prescription spécialisée.
Des résultats variables selon les patients
Les résultats restent toutefois différents d’une personne à l’autre. La HAS situe l’effet observé autour de 15 à 30 % par rapport au placebo, selon la dose et le critère étudiés. Ce traitement représente donc une avancée importante, sans pour autant garantir une repousse complète à tous les patients.
Le ritlecitinib
Le ritlecitinib, commercialisé sous le nom Litfulo, dispose quant à lui d’une autorisation dans les formes sévères à partir de 12 ans. La HAS a rendu un avis favorable à son remboursement en mars 2024.
| Traitement | Comment agit-il ? | Dans quels cas ? | Statut en France |
|---|---|---|---|
| Corticostéroïdes topiques | Calment la réaction immunitaire autour des follicules | Formes localisées | Sur prescription |
| Injections intralésionnelles | Agissent directement dans les plaques | Plaques peu nombreuses | Utilisation spécialisée |
| Immunothérapie de contact | Modifie la réaction immunitaire locale | Formes étendues ou résistantes | Utilisation spécialisée |
| Baricitinib | Bloque la voie JAK-STAT | Formes sévères chez l'adulte | AMM et remboursement à 65 % |
| Ritlecitinib | Bloque certains signaux immunitaires | Formes sévères dès 12 ans | AMM et avis favorable au remboursement |
Les cheveux repoussent-ils ? Pronostic et évolution
Oui, les cheveux peuvent repousser après une alopécie areata. Dans la plupart des cas, les follicules pileux ne sont pas détruits : ils sont simplement mis au repos pendant un certain temps. Ils peuvent donc reprendre leur activité et produire de nouveaux cheveux. Lorsque les plaques restent localisées, cette nouvelle croissance peut même se faire naturellement, sans traitement.
Au début, les cheveux qui réapparaissent peuvent être très fins, duveteux ou parfois blancs. Leur aspect peut surprendre, mais il n’est généralement pas inquiétant. Avec le temps, ils peuvent devenir plus épais et retrouver progressivement leur couleur habituelle.
L’évolution de l’alopécie areata reste cependant difficile à prévoir. Certaines personnes ne connaissent qu’un seul épisode, suivi d’un retour complet des cheveux. Pour d’autres, les périodes de chute et de nouvelle croissance peuvent se répéter au fil du temps. Plusieurs éléments peuvent influencer le pronostic, comme l’âge au moment de la première poussée, l’étendue des plaques, leur ancienneté ou la forme de l’alopécie. Une atteinte récente et limitée évolue souvent plus favorablement qu’une alopécie totalis, universalis ou ophiasique.
Même lorsque les cheveux ont entièrement repoussé, une nouvelle poussée reste possible. Un suivi dermatologique permet donc de surveiller l’évolution en douceur et d’adapter la prise en charge lorsque cela devient nécessaire.
Vivre avec une alopécie areata : femmes, enfants, quotidien
L’alopécie areata ne provoque généralement pas de douleur physique. En revanche, voir ses cheveux tomber, parfois très rapidement, peut être difficile à vivre et affecter la confiance en soi.
Chez les femmes, la chevelure reste encore très liée à l’image de la féminité. Sa perte peut donc être particulièrement déstabilisante. Chez les enfants, les questions, le regard des camarades ou la crainte des remarques peuvent rendre le quotidien à l’école plus délicat.
Il n’existe pas une seule manière de vivre avec une alopécie areata. Certaines personnes préfèrent garder leurs plaques visibles, tandis que d’autres se sentent davantage elles-mêmes avec une perruque médicale, un foulard, des fibres capillaires ou une dermopigmentation. L’essentiel est de choisir ce qui apporte le plus de confort et de confiance.
Selon Ameli, certaines perruques médicales peuvent faire l’objet d’une prise en charge partielle sur prescription. Lorsque la maladie pèse sur le moral, les relations sociales ou la vie quotidienne, un accompagnement psychologique peut également apporter un véritable soutien.
Des associations françaises, comme AAA, Association Alopecia Areata, permettent aussi de rencontrer d’autres personnes concernées, de partager son expérience et de se sentir moins seul face à la maladie.
Enfin, dans certaines formes sévères et invalidantes, le médecin traitant peut déposer une demande d’ALD (Affection de longue durée, ndlr) hors liste. Chaque situation est ensuite étudiée individuellement par l’Assurance Maladie.
Alopécie areata et greffe de cheveux : ce qu’il faut savoir
En cas d’alopécie areata, la greffe de cheveux est généralement considérée comme une contre-indication. La raison est simple : le mécanisme auto-immun responsable de la chute peut aussi toucher les follicules situés dans la zone donneuse, mais également ceux qui ont été implantés dans la zone greffée. Le risque est alors de fragiliser le résultat, voire de provoquer une nouvelle chute après l’intervention.
Une greffe parfois envisageable dans certaines situations
Cela ne signifie pas pour autant qu’une greffe est impossible dans toutes les situations. Dans certains cas très particuliers, lorsque la maladie est localisée, stable depuis longtemps et ne présente plus de signe d’activité, un médecin spécialisé peut évaluer si une intervention reste envisageable.
Le bilan capillaire avant toute décision
Chez Racine Carrée, le bilan capillaire permet justement d’étudier la nature de la chute, son évolution et l’état des zones donneuse et receveuse. La décision se prend toujours au cas par cas, avec une priorité : ne pas proposer une greffe lorsque les risques sont trop importants.
Questions fréquentes
Bonne question !
L’alopécie areata est liée à un dérèglement du système immunitaire, qui s’attaque par erreur aux follicules pileux. Une prédisposition génétique peut aussi favoriser son apparition. Le stress, une infection ou un événement difficile peuvent parfois déclencher une poussée, mais ils ne sont pas responsables à eux seuls de la maladie.
Oui, bien sûr !
Oui, les cheveux peuvent repousser, car les follicules pileux ne sont généralement pas détruits. Dans les formes localisées, cette nouvelle croissance peut même se produire naturellement. Les premiers cheveux sont parfois fins, duveteux ou blancs, puis ils peuvent progressivement retrouver leur épaisseur et leur couleur habituelles.
Pas uniquement !
Le stress peut favoriser ou accentuer une poussée chez une personne déjà prédisposée, mais il n’est pas la cause unique de l’alopécie areata. La maladie peut aussi apparaître sans période particulièrement stressante. Il est donc inutile de culpabiliser ou de chercher systématiquement un événement précis pour expliquer la chute.
Pas vraiment…
La greffe est généralement contre-indiquée, surtout lorsque la maladie est active. L’alopécie areata peut en effet toucher les follicules de la zone donneuse comme ceux de la zone greffée. Dans de rares situations stabilisées depuis longtemps, un médecin spécialisé peut toutefois déterminer si une intervention reste envisageable.
Pas automatiquement…
L’alopécie areata ne fait pas partie des ALD 30. Certaines formes sévères, invalidantes ou nécessitant des soins prolongés peuvent néanmoins faire l’objet d’une demande d’ALD hors liste. Celle-ci est réalisée par le médecin traitant, puis étudiée au cas par cas par l’Assurance Maladie.
D’autres
questions ?
Nos conseillers sont à votre entière disposition pour vous informer, réaliser des estimations et organiser votre bilan capillaire.